Les navigations

Rabat-Essaouira

21/10 – Sortie du port de Rabat

La sortie du port de Rabat ne s’improvise pas.

Pour commencer, comme je l’ai déjà indiqué, la houle d’Ouest rentre dans le port et se concentre entre les différentes digues qui bornent l’entrée, créant une sorte de mascaret qui remonte ensuite le long de l’Oued sur plusieurs centaines de mètres : dès que la houle dépasse 1m80, la capitainerie ferme le port. Plus possible d’entrer ou de sortir.

Ensuite il faut aussi tenir compte de la marée. A marée basse, la profondeur à l’entrée du port est inférieure à 1m50 (Moutik a un tirant-d’eau de 1m10 mais avec l’effet de la houle, on ne peut pas prendre le risque de passer). Il faut donc attendre que la marée soit suffisamment haute pour envisager quitter Rabat.

A ce rythme là, avec l’enchaînement des dépressions sur la côte Atlantique, certains de nos voisins de ponton sont là depuis… 3 semaines !!!! Nous aurons eu plus de chance.

Ce midi les conditions sont toutes réunies et la douane/la police/… sont pris d’assaut par tous les bateaux qui tentent de s’échapper de cette prison dorée : comme d’habitude, on a droit à chaque ministère, puis la brigade cynophile et nous voici partis !

Bye bye la Médina de Rabat
Le capitaine et la Marina Bouregreg derrière

La sortie du port, le pilote devant

Le vent et puis plus rien

Départ de Rabat avec un bon vent de travers : Moutik file à 9-10 nœuds… mais ça ne dure pas ! Après une heure et demi, le vent tombe complètement ou presque. Alors une fois de plus, on va griller du gasoil !

Au moins, on mange du poisson frais

On peut se questionner sur l’option de route, car nous longeons la côte (à bonne distance certes, 10-15 miles nautiques). Mais non : nos amis et voisins de pontons sont visibles à l’AIS, certains font route directe vers les Canaries, ils sont donc plus au large, mais leurs vitesses ne sont pas meilleures.

Avec la douane, la marée, etc., nous sommes partis tard : la nuit tombe alors que nous passons au large de Casablanca. Ces navigations côtières ne sont pas de tout repos : les petits chalutiers et autres barques de pêche sont de sortie : ils ne dépassent pas la bande des 10-20 miles, ils pêchent en groupe, nous traversons ces grappes de petites lumières bien faibles qu’on ne repère qu’au tout dernier mile. Alors on veille…

22/10 – Safi

La côte peu avant Safi

Au matin on approche de Safi, un petit port de commerce et de pêche, sans infrastructure pour la plaisance : on appelle ; réponse cordiale ; nous sommes bienvenus !

On entre et on nous met à couple du chalutier-école. Il n’a pas l’air de sortir bien souvent… mais il est crasseux, huileux… et les chalutiers sont partout : l’odeur tant redoutée est là : la sardine (pas fraîche) !!!

Nos voisins à Safi

Les officiels arrivent, montent à bord, crottent notre joli pont tout blanc avec leurs grosses rangers crasseuses… et puis, quand enfin tout est fini, un type se pointe :

– Capitainerie, c’est pour payer…

– Ah ? Parce que là, à couple d’un mauvais bateau, en plein dans le chenal du port, il faut payer ?

– Ben, oui, l’ANP (Autorité Nationale des Ports) a fixé un tarif unique, que ce soit un port de plaisance ou pas !

– Bon… soit… et c’est combien ?

– Environ 300 Dirhams.

– Euh… “environ” ? J’aurais une facture ?

– C’est 260 [c’est effectivement environ le coût acquitté à Tanger et Rabat]. Si vous voulez une facture, là c’est trop tard, les bureaux sont fermés. Il faudra passer demain…

Et il me désigne une vague direction qui me fait comprendre que c’est vraiment au diable et que si je trouve, Inch Allah, j’ai de la chance…

Bon… vous auriez fait quoi, bande de gros malins ?!?!?! Car le petit futé avait soigneusement attendu que tous les collègues soient partis et que l’heure soit bien avancée. J’ai sorti l’appoint et je lui ai donné de quoi se rincer au thé à la menthe pendant le reste de la saison.

Pour se consoler, on se dit que résolument, on se barrera dès demain matin.

Recherche restaurant désespérément

La nuit est tombée. On se dirige vers la sortie du port. C’est long, crasseux, puant. On marche sur une voie ferrée qui n’a pas dû voir de train depuis longtemps.

La ville fortifiée s’étend alors devant nous. C’est d’ailleurs plutôt joli. On pénètre dans l’entrelacs de ruelles, de passages, de boutiques, de snacks… Mais des snacks pas bien clairs. Tout seul ou avec un bon pote, je m’y risquerais peut-être… mais là, il n’est pas question de coller une indigestion à toute la famille.

Bref, on sort le Lonely Planet, qui recommande le “Riad du Pêcheur”, qui fait aussi restaurant un peu plus loin sur la corniche. Les filles sont patientes : ça doit faire presque 1 heure que l’on marche quand on franchit les portes de l’endroit : c’est étonnement propret et décoré ; ça change de la petite ville portuaire poussiéreuse.

Le repas est fort bon : soupe harira avec pâtisseries, très bon tajine, bons desserts, thé à la menthe…

Vite au lit, fenêtres fermées pour ne pas être pris d’assaut par les mouches à sardine.

23/10 – Qui marche là ?

En pleine nuit (il doit être 4h du matin), Aurélie me réveille : y’a des gens qui marchent bruyamment sur le pont !?!?

Je sors en caleçon : un mono-coque est en train de se mettre à couple [on devrait dire à triple, vu qu’on est déjà à couple d’un bateau nous-même]. Pavillon français. Un couple de retraités, aux regards hagards et aux gestes maladroits jettent leurs amarres aux personnels du port qui piétinaient notre terrasse [avec leur saletés de rangers].

Soit disant ils auraient essuyé du mauvais temps !? Or, à part une petite pluie pendant le dîner, le vent ne souffle pas et la mer est totalement lisse.

On les prévient : demain, nous partons à l’aube. On devra permuter nos places.

Le jour venu, nous nous levons, nous préparons le bateau. Je file au poste de police (à l’autre bout du port), pour récupérer nos passeports, et je reviens vite pour le départ.

Et paf ! “Nick” arrive. Le clebs dégueux, de chez dégueux, de la brigade cynophile. L’agent [toujours en rangers de m….] me tend l’animal qui n’a pas dû sentir le moindre filet d’eau depuis quelques mois. Et bing, un bras supporte le ventre [et le sexe] de cette sale bête, pendant que l’autre est sur son poitrail et que ça truffe me mouille abondement [j’aime pas les chiens, surtout sales].

Nick-les-pattes-crottées : ils laissent des débris partout. Son maître s’excuse à peine et file dans le cockpit, le carré et se paye le luxe de lui faire renifler les deux coques !!! Tout est maculés des chiures-de-pattes-de-Nick. Les tapis de bain, les descentes de lit, le tapis de l’entrée. @#*!!!!

Un rapide coup de serpillière et nous quittons ce cloaque, nous serons à Essaouira avant la nuit.

Quand t’es fatigué… réfléchi deux fois

Ca ne fait pas une heure qu’on est parti qu’on entend la VHF appeler :

– Voilier Volia, Volia, Volia, ici le port de Safi, répondez !

Après plusieurs appels répétés, je fini par répondre, en disant que nous ne sommes pas “Volia”, mais que l’appel est peut-être pour nous ?

– Non, c’est le voilier qui était à couple, arrivé cette nuit. Il vient de partir… mais il a oublié ses papiers !!!

Ben ouais, le papy n’était pas tout à fait réveillé. En plus, je le soupçonne d’avoir voulu se tirer en douce, de se soustraire à l’inspection… mais surtout à la redevance du chef de la capitainerie !!! Sauf qu’il a doublement merdé : 1/ il a oublié un papier, 2/ il n’a pas allumé la VHF !!!

Nous on a de la chance…
…on mange du frais !

Essaouira en vue !

Nous on file. Essaouira se profile à l’horizon et casse la monotonie de cette côte qui au fur et à mesure que l’on avance vers le Sud devient de plus en plus uniforme : d’interminable plages ourlées de dunes. C’est très beau !

La baie d’Essaouira est bordée d’écueils où la mer brise violemment. En plus, l’île de Mogador obstrue partiellement la baie, la protégeant de la houle.

Le port n’a pas l’air grand et surtout c’est le domaine des chalutiers. Nous nous avançons timidement sans trop y croire. Il faut se rendre à l’évidence : avec la grosse barge de dragage installée au milieu du port, notre yacht n’ira pas plus loin : le douanier de permanence nous fait d’ailleurs signe… direction le mouillage !

La baie est charmante au demeurant. On y sera très bien. L’ancre croche de suite (on commence à avoir le coup de main désormais).

On embarque sur l’annexe, on entre dans le port et on l’amarre à la vedette des douanes : le type est adorable. En plus, comme on n’entre pas au port en bateau, les diligences sont allégées. Le policier de permanence a dû être prévenu : il est également là. Il nous accompagne jusqu’au poste, tamponne les passeports et nous entrons en ville à la recherche d’un restaurant. La nuit tombe.

Nous nous arrêtons devant le Riad Villa Maroc. Demain c’est l’anniversaire de Léonie, alors…

– Z’avez une chambre pour nous ?

C’est long… l’établissement est plein. Et puis avec une petite musette sur le dos, sans valises, on n’a pas vraiment la tête du touriste ordinaire. Explications données, on nous trouve deux chambres : je dormirai avec Léonie et Aurélie avec Brune.

On file au restaurant de l’hôtel : vin marocain, pastilla de poulet, … que du très bon !

Et ce soir : un bon lit qui ne bouge pas et sans bruit de moteur. J’ai presque des remords en regardant depuis la terrasse de l’hôtel : là-bas, Moutik seul, son petit feu de mouillage allumé, dans une baie toute calme… on y serait bien aussi !

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6 commentaires

  • Ktou

    Chic un article!

    Mais c’est mal de ne pas aimer les chiens!! Il avait l’air charmant celui-là, et vous étiez intimes!
    Dis aux filles que demain on me donne un petit chat.K

  • Agathe

    En effet, on l’a attendu longtemps cet article et finalement vous semblez presque moins apprecier le Maroc que l’Algérie!! On présume que vous avez un peu parcouru Essaouira le lendemain au réveil? Ici: temps gris, il bruine, le quartier est bouclé 60 chefs d’Etat rendant hommage aux poilus en ce centenaire du 11 novembre et demain, y a école (enfin sf pour Juju légèrement diminué et en vacances forcées autour de son lit – on vous racontera en détail à l’occas!…). Biz et coucou au Cap Vert!

  • Kino

    Oh oui! Article très attendu. Éric je vois que les chiens t’Aiment bien et qu’ils ont décidé de te faire craquer.
    Brune, un espoir tout n’est pas fichu😉😄
    Attendons le suivant

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