Les navigations

D’une mer à l’autre…

13/10 – Bye bye Med !

Bon, d’abord mettons-nous dans l’ambiance psychologique.

Ceuta, c’est un peu le mythe du navigateur. C’est l’enclave espagnole à l’extrême Nord du Maroc, la porte de l’Afrique. On pourrait se croire en Espagne ou même en France : trafic bien organisé, magasins, squares tranquilles…

Quand on regarde vers la mer, c’est la teinte de “la Grande Bleue”… et à l’horizon, le rocher très caractéristique de Gibraltar : falaises à l’Est, pente verte à l’Ouest.

Au milieu, les immenses cargos et tankers de plus de 300 m.  (se déplacent Est <==> Ouest) côtoient les ferries qui joignent l’Espagne au Maroc (se déplacent Nord <==> Sud)… et nous devons tirer des bord dans ce maelstrom, réputé pour ses vents violents, ses courants, ses marées.

Alors, c’est parti !

Euh… ouais… sauf qu’en quittant notre emplacement au port, une “pendille” (les amarres reliées au fond du port qui tiennent les bateaux perpendiculaires au quai) pas bien pensée (en principe, ce sont des cordages plombés, qui coulent vite), se prend dans notre hélice… Le vent nous pousse sur le bateau voisin (une épave). Ni une, ni deux, je jette mon t-shirt, j’enfile un maillot, j’attrape le masque, je mets la tête dans l’eau depuis la jupe arrière du bateau : y’a pas photo, le moteur n’a pas calé pour rien, la pendille est entortillée autour de l’axe d’hélice.

Je saute dans l’eau du port (beurk, glagla…). Plongée. Je déroule la pendille sans difficulté… mais… mais… je remarque autour de l’hélice, les restes d’un filet sectionné sans doute un ou deux jour plus tôt entre Algérie et Maroc ! D’un coup de main adroit, je l’enlève. Je vérifie l’autre hélice : bingo, le même morceau de filet. Je connais un pêcheur qui doit encore jurer ! Je connais aussi un capitaine qui est heureux qu’il n’y ait pas plus de dégât : un cordage dans l’hélice, c’est le meilleur moyen de forcer sur les joints qui assurent l’étanchéité de cette communication entre la mer et la mécanique du moteur. Dans le meilleur des cas c’est une voie d’eau dans le bateau, plus souvent une voie d’eau dans l’inverseur (la “boîte de vitesse” du bateau), l’émulsion de l’huile, la destruction des engrenages !

Ok, là on part vraiment, non sans une rincette rapide avec l’eau pure du bord (la mer, les poissons pissent dedans ; les ports, ce sont les hommes et ils ne font pas que pisser !)

Nous quittons Ceuta sans l’avoir visitée, parce que demain un ouragan (Leslie) va effleurer les côtes Marocaines et Espagnoles et promet un vent… soutenu… qui, lui, promet de nous clouer au port pour plusieurs jours. Alors c’est le jour où jamais.

Le vent est là, 15 nœuds en sortant du port, monte à 20… 25… puis 30 dans le détroit de Gibraltar.

Par chance, le vent s’est levé quelques heures plus tôt seulement : la houle n’est pas encore trop marquée.

Moutik bondi : Dédé, le code D est à son poste. Le compteur affiche régulièrement 14 noeuds et ce ne sont plus juste des “surfs” : ça dure ! Le vent monte, on se décide à épargner à cette pauvre voile les contraintes qui risqueraient de la simplifier : on roule Dédé et on déroule le solent (la voile d’avant, robuste). Quant à la grand-voile, on y prend un ris (on réduit la surface de la voile pour réduire les contraintes). La vitesse du bateau ne change guère.

On slalome entre les immenses monstres d’acier lancés à presque 30 nœuds : ils nous percuteraient et nous couperaient en deux sans même froisser leurs tôles. L’AIS (voir l’article sur le sujet) joue bien son rôle : il connait notre vitesse et position, ainsi que celles des bateaux environnants. Il calcule et affiche les “routes de collision”, nous permettant d’ajuster au mieux notre trajectoire et de passer au plus près des colosses. C’est grisant.

APL SAVANNAH, cargo de 328×46 m.
CE-HAMILTON, tanker de 274×48 m.

L’eau passe par toutes les couleurs : du bleu profond de la Méditerranée, au turquoise, en passant par un gris/vert teinté de limon. La salinité, le courant, la marée, le vent, … tout contribue à ces variations résultat de la rencontre de deux mers.

Et la vie : les oiseaux sont partout… et les dauphins. Ni un, ni dix, ni cent… des centaines de dauphins !!! A peine un groupe nous quitte-t-il pour reprendre sa route, qu’un nouveau se présente pour nous montrer la route. Moutik progresse vite et sans le bruit du moteur : ils adorent. Ils jouent : ils effleurent la proue sans jamais la toucher. Puis ils s’élancent devant, font surface, aspirent une grande bouffée d’air et replongent puis reviennent à l’attaque.

Les mamans sont accompagnées de leurs petits, qui suivent à la perfection les mouvements de la mère. Ces animaux sont puissants : en quelques coups de queue, ils prennent plusieurs mètres d’avance. C’est une pure merveille !

Nous sommes tous les quatre cramponnés à l’avant et observons le spectacle : nous ne sommes que les observateurs ; Moutik joue avec les dauphins !

Puis le détroit s’ouvre : à droite, au Nord c’est l’Espagne et Tarifa, à gauche c’est l’Afrique et Tanger, l’ancien nid d’espions. Nous restons en Afrique, mais nous sommes désormais en Atlantique. La couleur et l’odeur de l’eau ne trompent pas.

La nouvelle marina de Tanger (nous l’apprendrons peu après) a ouvert ses portes il y a à peine 4 mois. Elle est magnifique (et très vide pour l’instant). Nous y sommes accueillis chaleureusement, par force personnel : pas moins de 6 “liners” pour attraper les amarres, caler le bateau… alors que je fais, comme d’hab., une manœuvre de chef ! (se passer la brosse à reluire, ça ne fait pas de mal).

Formalités vite expédiées, 2 nuits payées d’avance : 290 Dirhams, soit 145/jour, soit une douzaine d’€uros… quelle leçon pour Mostaganem (voir l’article ad-hoc). De l’eau, de l’électricité, du wifi qui marche : souhaitons que Tanger devienne un haut lieu de la plaisance !

Le soir, expédition dans la médina, dîner au Nabab : joli restaurant et bonne cuisine marocaine, tagine, … miam ! [oui… avec une petite bière… qu’Allah me pardonne, je l’ai bue discrètement].

14/10 – Repos

Relache aujourd’hui… enfin, école tout de même, mais ensuite nous profitons de l’abri, tandis que l’ouragan Leslie passe au large : le vent est très soutenu vers l’Ouest. Nous nous félicitons de l’initiative de départ : aujourd’hui il aurait été particulièrement difficile de franchir le détroit. La mer doit y être particulièrement mauvaise et le vent totalement contraire.

15/10 – Visite de Tanger

Place du Grand Socco, Tanger

Visite de la Médina et de la Casbah de Tanger. La vieille ville est un dédale de tout petits passages entre de vieux immeubles de 3 ou 4 étages. On y voit d’autant moins la lumière que les ruelles passent parfois sous des voûtes. Des myriades de petites boutiques s’alignent au rez-de-chaussée : coiffeur jusqu’à une heure très avancée de la nuit, épicier, petits restaurants, pâtisseries, …

Déjeuner sur la place du Petit Socco

 

Dîner au restaurant de l’hôtel “Palais Zahia”, une très belle bâtisse, finement décorée et à la cuisine raffinée : la saison est plutôt basse, nous ne sommes que 2 ou 3 tables dans cette belle demeure ; l’hôtel semble tourner au ralenti.

16/10 – Cap au Sud !

On se réveille trop tard, on ne petit-déjeune pas assez vite, les formalités sont trop longues, le plein de gasoil nous retarde encore (plus proche du tarif européen qu’algérien malheureusement) : nous sortons du port de Tanger vers 11h.

Un pêcheur fait le chemin avec nous

Cap au Sud : la côte est très verte et abrupte près de Tanger, mais devient ensuite vite plus aride et ne présente que de petites collines, rompues de temps à autre par des plages de sable blond sur lesquelles brise la grosse houle de l’Atlantique.

Car oui, la tempête (l’ouragan Leslie) des derniers jours a levé une grosse, très grosse houle. 3 à 4 mètre. Le vent est désormais tombé. Les vagues ne déferlent plus, c’est juste un va-et-vient incessant : on monte… monte… monte… bascule… et redescend !

La côte est belle, car peu urbanisée… mais le mouvement de bas en haut transforme cette monotonie en véritable calvaire : ça commence à peine mais ça s’annonce très pénible.

Pire : il y a un peu plus d’un nœud de courant qui remonte la côte vers le Nord, contre nous. Ajouté à notre départ un peu tardif, cela nous garanti que nous ne toucherons le premier port, Larache, qu’après la tombée de la nuit. Or l’équation est simple : avec ces conditions de houle, le mouillage est impossible, ce serait inconfortable, voire dangereux, car nous risquerions de trop tirer sur l’ancre et de la décrocher ; quant à entrer dans un port, idem : les ports sur cette face de l’Atlantique sont protégés par de longues digues d’enrochements, qui ménagent une étroite ouverture. Par forte houle et de nuit, les ports sont en général “fermés”, car négocier l’entrée est trop risqué.

La conclusion s’impose vite : nous continuerons cette nuit et demain matin nous serons à Rabat ! Après tout, c’est mieux, le port doit y être confortable et la ville pleine d’attraits.

Nous dînons et nous couchons. Aurélie veille jusqu’à 1h00, je prends le relais jusqu’à 5h00, puis elle me réveille de nouveau à 7h00 et je la sors du lit vers 10h, juste avant de pénétrer dans le port de Rabat.

La nuit a été sans grand événement : quelques bateaux de pêche pour Aurélie, pas un seul navire pour moi, 12h de sommeil pour les filles…

La phosphorescence du plancton est différente ici : au lieu de voir des petites étincelles se former dans le sillage du bateau, c’est tout le sillage qui est laiteux et lumineux. Cela prend naissance sous le bateau, au niveau de l’hélice et la traînée se poursuit loin derrière.

En fin de nuit, la houle semble s’être un petit peu amortie… mais à peine ! Le vent, lui, n’a pratiquement pas soufflé.

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